7.10.12

Mêmes animaux

Moran lancera son prochain album, intitulé Sans abri, mardi prochain.

Comme les précédents, il comprend une pièce de mon cru écrite spécialement pour lui: Mêmes animaux. La voici.





Mêmes animaux
Christian Mistral


Ce que je voudrai t’enseigner,
Ce n’est pas tant ce que je sais
Que ce que je sens nécessaire
Pour que la vie soit un repas,
Un banquet riche, un festin gras
Depuis l’entrée jusqu’au dessert…

Je t’apprendrai le goût des mots,
Celui qu’ils auront eu pour moi
Sur les papilles de mon cerveau,
Toutes les saveurs de l’émoi ;
Toi la prunelle de mes yeux,
Petite fille ensemble allons
Là où la voix a feu et lieu,
Là où les sons sont des ballons.
T’apprendre le goût de ta langue
Parce que c’est la mienne aussi,
Voilà ce dont j’aurai envie
Avant qu’elle ne soit exsangue ;
Les appétits de la parole
Seront ton plus bel héritage :
Je les ai reçus en partage
Et tu sauras cette faim folle…

Je n’aurai pas beaucoup d’argent
À te laisser en trépassant
Mais tu garderas mes repères,
Les verbes et les vers de ton père.

Je te conterai des histoires,
Des vraies, des fausses, d’autres aussi,
Quand tu auras peur dans le noir,
Et de la nuit, et de la vie.
Je te dirai le goût des mots,
Celui qu’ils ont eu dans ma bouche,
Pour que tu saches quelle est ta souche,
Toi et moi : mêmes animaux !

26 commentaires:

helenablue a dit...

J'en frissonne... Merci pour ce beau cadeau, pour ces mots de toi. Love.

Guillaume Lajeunesse a dit...

Great song !

J'ai tapé le texte à mesure qu'il chantait, afin de pouvoir jeter un oeil véritable dessus. Pour entendre le texte chanter.

Mistral a dit...

@ Blue: :-)

@ Vieux G: J'avais pas pensé à inclure le texte. Une omission que je vais rectifier à l'instant. Mais je sais ton trip dactylo, héhé: me sens pas trop coupable!

Laure K. a dit...

"Entendre le texte chanter", superbe Christian.

Mistral a dit...

Merci ma vieille.

L'expression de Vieux G est succulente: pour un littéraire, rien n'existe au niveau sensible tant qu'il n'est pas lisible, héhé...

Emcée a dit...

Magnifique...

Merci, de l'offrir ainsi.

;-)

s.gordon a dit...

Ouain. Ça fait du bien par où ça passe. Les oreilles, les yeux.

Le coeur.

Mistral a dit...

Emcée's back from New York, Sandy's back from Hell!

Jeesus Chriist, vous devriez voir ces deux-là jaser ensemble...

s.gordon a dit...

C'est vrai, ça.

Pis ça revient, comme le bicycle à pédales ou le calendrier lunaire. Enfer, pas enfer.

Pis c'est ça la beauté de la chose.

















Mistral a dit...

Kestu manges pour écrire beau de même, toé?

Des patates de Chez Henri, chte gage...

s.gordon a dit...

Du Henri, je t'en amènes anytime, tu le sais hein.

Ça ou de la soupe maison. De la chaudrée-Gordon. Avec de l'orge, du chou, des carottes pis des patates nouvelles.

Tu le sais que je t'aime gros, hein, Christian.

Hein. Hein.



Mistral a dit...

J'avais hâte et besoin que tu retrouves l'envie de me le dire, mais oui, Sandy, je le sais, et vice versa.

helenablue a dit...

Oui, Sandy, c'est ça la beauté de la chose... C'est surprenant comme ça revient enfer, pas enfer. On des drôles d'animots tout de même!

helenablue a dit...

Quand j'aime un jour , j'aime pour toujours...
C'est bon de vous lire jaser Sandy et Christian. C'est réchauffant de goûter à votre amitié. Faudrait qu'on se refasse une petite soirée!
Vous me manquez...

Ginette a dit...

J'aime.
Me touche dans mes racines.
Et drôlement, me fait penser à mon père.

Pat Caza a dit...


sont crachées de la plume d'un phénix ces lignes, flamboyant Dude
longue vie

gaétan a dit...

Mots animés mon ami tout ça embellit ton retour après 2 semaines d'absence sur le blog. Aussi ça met fin pour moi au Qu'est ce qu'y fout ?

Venise a dit...

Une berceuse pour l'âme,
gravement tendre

N'empêche que mes vitres ont frétillé entre mes fenêtres

Merci pour le temps suspendu dans une action de grâce.

Ginette Desmarais a dit...

« Un banquet riche, un festin gras
Depuis l’entrée jusqu’au dessert ». En effet! On se régale et ça coule aux commissures!

Jean-François Thibaud a dit...

Wow ! Le texte, la musique,les arrangements et l'interprétation. Tout est magnifique.

Quel texte.

Bravo

MakesmewonderHum a dit...

Je croise en diagonale avec chez Hélenablue où tu répondais tellement humblement à propos de Cat Major sur ton merveilleux texte "Saturne sans anneaux" et arrive ici pour "savourer" encore celui-ci offert à Moran, toujours avec la même humilité, et ben bravo! Debout en plus, bravo!
André Gagnon faisait le constat qu'une solide mélodie était de plus en plus difficile à composer tellement les différents sentiers semblaient tous parcourus. Ouein! Avoir encore le génie d'assembler aussi ( et ainsi que tu le fais) les mots pour qu'ils se poétisent entre eux autour d'une idée, du filon pour ainsi dire,d'un texte et que l'émotion s'y retrouve toujours bien à son aise, est un "job" à haute teneur de création et, réflexion sur la vie. Peu y arrivent, c'est vrai, la radio, le disquaire, s'cuse me, iTunes, nous le prouvent 24 heures sur 24, enfin presque, en nous épargnant parfois de si belle façon comme pendant ces dernières 7,10 minutes en compagnie de "Mêmes animaux".

Elles sont, la plupart du temps, chantées avec talent et maintes fois reprises p.c.q 'avant tout, superbement écrites.

Mistral a dit...

Merci, chers amis, vieux Tribaux: j'avais gros besoin de vous.

Danger Ranger a dit...

Un grand texte! Faut croire que tu fais exprès...

Je tripe pas sur l'interprétation, c'est pas mon genre de toune en général, mais un grand texte, là pour durer.

Tu sais que je t'aime moi aussi.

Mistral a dit...

Faut croire que tu fais exprès, ki dit, hihi...

I love Danger.

Le plumitif a dit...

je le dis sur le tard, mais de bon coeur:

le traitement musical dépouillé, aérien, cède à la puissance du texte tout l’espace qu’il exige pour se déployer, spécialement la finale atmosphérique où l’on s’imprègne peu à peu de tout ce qu’on a entendu, qu’on a déjà envie de réentendre.
une chanson comme celle-là, propagée, entendue, fait plus pour la vitalité de toute langue que l’amoncellement de lois, discours, débats qui y peinent tant… (si utiles puissent-ils être par ailleurs)
merci de m’offrir le plaisir de t’en remercier!
(question: la petite variation, “mon” devenu “ton” dans “Sur les papilles de mon cerveau”, c’est voulu? – si c’est un lapsus entéka, c’en est un superbe…)

Mistral a dit...

Bonne question. Me suis posé la même, mais pas encore à Jean-François, et j'ai pas encore le disque pour vérifier.